Réindustrialiser, levier de la transition écologique

« Devenir la première grande économie décarbonée européenne » : telle est, pour la France, l’ambition affichée par le gouvernement dans le cadre de France Relance. Pour accompagner cette décarbonation, le plan de relance consacre un montant global de 30 milliards d’euros à la transition écologique. Atteindre l’objectif de neutralité carbone à horizon 2050 que notre pays s’est fixé - et ainsi honorer les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris -, suppose d’accélérer notre rythme de réduction des gaz à effet de serre : il devra être trois fois supérieur au rythme actuel sur la période 2024-2028. Les efforts sont donc devant nous.

L’industrie joue un rôle essentiel dans la transition écologique. Ce secteur est le troisième émetteur avec 18 % des émissions nationales de gaz à effet de serre en 2018 (Haut conseil pour le climat, 2019) et doit diminuer ses émissions de 81 % à l’horizon 2050 par rapport à 2015 pour être cohérent avec la Stratégie nationale bas carbone. L’industrie est aussi source d’innovation : elle réalise environ 70 % des dépenses intérieures de R&D des entreprises (MESRI-SIES, 2020). Elle contribue ainsi au déploiement des technologies bas carbone dont nous avons besoin pour décarboner notre économie sans dégrader nos modes de vie, comme le véhicule électrique ou à hydrogène.

Réussir cette transition implique donc le développement d’une industrie à la fois décarbonée et résiliente. On ne peut l’imaginer sans accompagner le tissu productif existant dans sa transformation écologique. Des investissements importants et des innovations de rupture sont nécessaires pour inventer de nouveaux procédés qui permettront de produire en émettant moins, comme dans le cas d’un acier neutre en carbone par exemple, et de développer de nouveaux produits qui émettent peu de gaz à effet de serre à l’usage, le tout à des coûts maîtrisés.

Le plan de relance est un des outils qui aident à orienter les investissements vers des solutions bas carbone. Cette transition sera accompagnée par un renchérissement du prix du carbone qui incitera les industriels à investir dans des installations durables et pérennes. Une trajectoire claire de hausse du prix du carbone sur le long terme est essentielle pour préparer les investissements futurs : des équipements industriels mis en place aujourd’hui seront encore en fonctionnement en 2050. Pour éviter les fuites de carbone, c’est-à-dire le déplacement de sites de production vers des régions ayant des politiques climatiques moins contraignantes, qui viendrait amoindrir nos efforts européens, des mesures de soutien seront nécessaires, parmi lesquelles un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. Ces mesures sont en cours de discussion au niveau européen, pour mettre sur un pied d’égalité les producteurs européens et leurs partenaires étrangers.

La transition écologique repose aussi sur la création de nouvelles filières, vertes et innovantes. La rénovation énergétique des bâtiments est ainsi un des secteurs prioritaires du plan de relance. Elle permet de réduire les émissions liées à la consommation énergétique des bâtiments et de créer des emplois. L’étude ZEN 2050 réalisée par l’Association française des entreprises pour l’environnement (EpE) estime que la rénovation thermique des bâtiments demanderait une multiplication par deux des dépenses d’investissement et d’exploitation, passant de 15,1 Mds€ en 2018 à 30,9 Mds€ en 2030. Elle permettrait la création entre 500 000 et 1 million d’emplois sur 2-3 ans[1].

Si la réindustrialisation est à ce point nécessaire, c’est parce qu’elle garantit une transition énergétique sur toute la chaîne de valeur. A contrario, notre empreinte carbone ne s’améliorera pas si le fait d’implanter une nouvelle activité sur notre territoire entraîne l’importation de toujours plus de produits fabriqués ailleurs, par des procédés plus polluants.

Sources :

Entretien de Gaël Giraud pour Forbes, Gaël Giraud, pour une planification écologique, 13 janvier 2021, https://www.forbes.fr/politique/adr-gael-giraud-pour-une-planification-ecologique/

Haut conseil pour le climat, Agir en cohérence avec les ambitions, Rapport annuel Neutralité carbone, juin 2019.

Association Française des Entreprises pour l’Environnement (EpE), ZEN 2050, mai 2019.

MESRI-SIES, Les dépenses intérieures de R&D en 2018, Note Flash n° 15 du SIES, septembre 2020.

Auteur : Caroline Mini, Chef de projet, La Fabrique de l’industrie.

 

[1] Voir l’entretien de Gaël Giraud pour Forbes « Gaël Giraud, pour une planification écologique » du 13 janvier 2021.

Posté le 15/03/2021
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